Cadres et Formes pensées

Dès l'enfance, nous construisons nos repères de la société: règles de conduites familiales, principes moraux, valeurs sentimentales, constatations de causes à effets comportementales pragmatiques.

Peu à peu, nous établissons un cadre de pensée. En grandissant, nous cherchons à élargir ce cadre. Un ami m'a dit un jour: "Grandir, c'est se débarrasser de ses évidences".

C'est à ce moment précis que tous les préjugés qui avaient servi de garde-fous pour nos pensées infinies montrent soudain leur obsolescence et leur immense ridicule. 

Mais nos pensées sont illimitées. Elle partent à la recherche de cadres lorsqu'elles ne trouvent pas de résonance sur les sentiments.

Dans cette quête, elles sont capables de bâtir des châteaux en Espagne dont les murs parfaitement construits ne laissent pas la moindre fissure d'irrationalité. 

Des croyances viennent alors peupler les diverses salles du château de pensée. Dans tout système de société humain qui s'établit, croit et s'éteint lorsqu'il perd son sens, les croyances viennent soutenir les fondements du système créé de toute pièce. Un jour, le système s'éteint au profit d'une structure plus adaptée à l'évolution qui est en cours. La croyance, devenue une entité à part entière, se cache pour survivre de façon autonome. Elle devient ce qu'on appelle une forme pensée: une pensée autonome.  

Les formes pensées créent des obscurités autour d'elles pour ne pas être repérées. Ce sont nos zones d'ombres, celles qui se créent à notre insu et qui maintiennent nos préjugés vifs et insaisissables. 

Si à l'âge de 7 ans par exemple, je me sens indésirable ou incapable de savoir quelle profession exercer, alors je serai tentée de me construire une croyance telle que je serai de toute façon laide, ou que les femmes belles sont de toute façon inintéressantes, ou que la profession que j'admire n'est pas digne d'intérêt…ou bien d'autres pensées encore.

Toutes les croyances créées de façon à réduire la douleur que je ressens à ce moment-la, deviennent des pensées autonomes. Certaines sont re-traitées, métabolisées ou procédées par notre système de traitement de pensées. C'est ce qui s'appelle le processus de maturité. En acquérant de la maturité, notre compréhension du monde ou des événements qui nous touchent est transformée. 

Cependant, si certaines formes-pensées sont greffées sur un stress, une blessure..elles nous échappent davantage selon le principe que nous court-circuitons nos blessures pour ne plus en ressentir la douleur. Nous devenons alors doublement aveugles à notre blessure et à la croyance qui la maintient. A partir de l'exemple cité ci-dessus, je pourrais me sentir indésirable et garder la forme-pensée "je serai toujours indésirable", encapsulée dans cette blessure, alors même que c'est cette croyance du passé qui est à l'origine de l'état émotionnel actuel indésiré. C'est un système dans lequel le serpent se mord la queue. 

Pour d'autres types de souffrance, le processus est similaire. Il stimule l'ancrage de préjugés à l'égard des autres afin de ne pas être mis face à nos propres dysfonctionnements.

Plusieurs techniques accompagnent la prise de conscience des formes-pensées auto-destructrices, notamment les Soins Esséniens. Les Soins Esséniens travaillent directement sur l'identification de la forme-pensée, lorsque nous sommes prêts à nous en libérer et à changer notre propre perception de nous-même. 

N. Hennart